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Les Tribulations de Cricri le Cyclo

TRIRHENA - Mont Chasseral - Munstertal : L'étape la plus dure

8 Août 2014 , Rédigé par Cricri le cyclo Publié dans #Trirhena, #Cyclotourisme, #cols

L'étape est composée de 2 sous étapes. Une jusque Mumliswil où il y a un contrôle Photo (ou réponse à la question), situé au km 360. Une jusqu'à Munstertal où il y a un contrôle CCK situé au KM 466. J'ai prévu d'y arriver vers minuit... et d'y dormir.

Avec Valex et Pierre nous redescendons en direction de St Imier. Nous en profitons pour gratter le col Les Pontins (CH-BE-1110). La descente s'effectue en roue libre mais la pente est tellement forte que j'arrive à descendre à 70km/h... J'en profite pour remercier Valex qui m'avait alerté sur mes problèmes de lenteur en descente. J'ai pu progresser grâce à lui même si j'ai encore beaucoup de points à améliorer...

Nous nous présentons au pied du Mont Crozin, non sans que Valex nous ait signalé de nouveaux problèmes d'endormissement. Compliqué à gérer comme ça mais on s'arrête 5 min, il prend un gel et on repart...

Le Road Book nous indique "COL du MONT CROZIN 10%" sur une distance de 5.27km. En fait il y a des pentes à 10% et dans mon souvenir, vu que l'appareil photo ne fonctionne toujours pas, cela ne me pose pas de problème. Fidèle à ma technique depuis le départ, je mets 30x28 au pied et je mouline tranquillement sans monter dans les tours. Et ça marche. Valex roule avec moi mais largement en dedans, Pierre a plus de mal et est quelques minutes derrière...

A l'arrivée au col nous prenons une averse nous obligeant à nous abriter pour nous couvrir mais cela ne durera pas.

Nous avons droit maintenant à un peu de répit. Pascal nous avait prévenu... Une quarantaine de kilomètres qui vont nous amener au pied du Col de la Scheulte (ou Scheltenpass, CH-SO-1051).

Néanmoins, avant d'en attaquer la montée, nous décidons de nous arrêter manger. C'est un besoin de chacun et Valex a toujours envie de dormir... En plus, il va faire une très grosse averse pile poil pendant notre arrêt. Nous serons donc au sec. Dans l'auberge dans laquelle nous nous arrêtons (désolé je n'ai pas mémorisé le nom du village), on est accueilli très gentiment par une jeune fille qui travaille sans doute pour ses parents. Les clients avec qui nous discutons sont effarés par le parcours que nous empruntons...

L'arrêt est salutaire, car Valex peut essayer de se reposer, et nous pouvons utiliser les sanitaires... confort important dans ce genre de Raid.

Autre avantage de l'endroit où nous nous sommes arrêtés, il est situé dans un zone de plat et la remise en route est d'autant plus facile...

Alors que nous allons aborder le col de la Scheulte, nous apercevons nos copains ATSCAFIENS, Florian et Alain arrêtés sur le bord de la route. Florian arbore la mine des mauvais jour. Sa manette de dérailleur vient de rendre l'âme. Alain et lui viennent de prendre la décision de bloquer le dérailleur sur la position 30x27. Si cette position est bien adaptée au relief montant, elle est carrément difficile à tenir sur du plat ou de la descente...

Dans son for intérieur, je crois qu'Alain est sceptique sur l'option technique (quasi la seule) qui est prise. Enfin bon, si on voit le bon côté des choses, cela permet malgré tout à Florian de continuer.

Fin de la limitation à 50km/h, on va pouvoir envoyer les cheveaux :D

La route grimpe de manière irrégulière en longeant une petite rivière...

Le plan de route indique "SCHELTENPASS  SOMMET 11%" à 3.5km... Le Bridou ne nous avait pas travesti la réalité. Donc je prends en compte ces conseils. Je roule vraiment en dedans quitte à poser pied à terre pour soulager les muscles. Le cardio ne montera jamais à plus de 150bpm... c'est dire que j'en ai encore sous la pédale de ce point de vu là.

Pascal, Gilles, dans ces moments là je vous ai maudits... Et encore après. Mais demain, dans la plaine allemande, je n'aurai qu'une envie : être de nouveau ici :)

Les vaches sont à 200m dans la vallée... S'il faut remonter de la bas à la route en direct, il faut mettre des crampons...

Pendant ce temps, Alain qui s'était arrêté pour prendre des photos revient sur moi. L'ami confessera quand même avoir souffert dans ces fortes pentes... Ouf :)

Arrivée au Col de la Scheulte / Scheltenpass : Florian, Alain et Valex sont déjà là. Ils se reposent. Pierre arrive quelques secondes après moi et on va pouvoir repartir...

Notre pause est courte car il ne faut pas oublier le chrono même s'il n'est pas essentiel pour l'instant. 

Il est 16h26 lorsque nous pointons à Mümliswil, versus une heure prévue sur mon plan de route à 16h10. Nous sommes en retard par rapport à des prévisions théoriques. Néanmoins, il faut savoir en sortir. Je me doute que mes paramètres de calculs ne sont pas adaptés aux fortes pentes, donc à partir de maintenant j'oublie mes temps de passage du plan de route. Seul compte le rythme ainsi que les explications de Pascal. Il nous reste environ 40 kilomètres très difficiles. Donc pour l'instant on roule et on ne se pose pas de question...

Nous repartons du pointage sans nous attarder, et avant d'attaquer le Belchenflue, nous avons droit à une autre douceur de ce jura Suisse à savoir...

... le Breitenhöchi (CH-BL-0847a). Ce col ne figure pas en tant que tel sur le Road Book où on lit simplement "à DR  après le Petit Pont / dir  Langenbruck 10%"

Bon finalement le sommet est atteint et on peut se dire : 1 de moins... C'est d'ailleurs comme cela que je réagis depuis le début. Mon compteur Polar n'affichera jamais 1000kms. En effet, je le remets à 0 à chaque pointage. Je sais que je suis dans l'étape X, et qu'il me reste 80kms à faire par exemple. Mentalement, beaucoup plus facile à gérer...

Au pied de la descente je rajoute un col sans forcer. De tête on le passe en descendant (CH-BL-0734).

Après ce calme relatif, nous allons nous attaquer à ce qui sera pour moi le col le plus dur de cette randonnée. Le Col du Belchenflue (CH-BL-0991), autrement appelé Chilchzimmersattel, est indiqué sur le Road Book "Col  du BELCHENFLUE 11% / 15%". Je me dit que sur les 2.6kms de montée, il y aura bien un replat... Je confirme : il y en a un AU SOMMET :-)

Pour ma part, ayant des difficultés à grimper de tel pourcentage sans m'entamer, je décide de monter à pieds. Je monte 1 ou 2km/h moins vite qu'à vélo mais ne me fatigue pas ou très peu...

Au sommet, l'infatigable Valex, qui semble quand même un peu fatigué et qui profite de toutes les occasions qui lui sont données pour dormir...

De l'autre côté de la route, Guillaume Siuda (je crois), lui répond :-)

Même le rallye de vieilles voitures qui monte en sens inverse a du mal à grimper...

Allez les gars on se bouge vous êtes poussifs :D

Pierre étant arrivé, on peut repartir pour encore 25 kilomètres de difficultés importantes. Et on voit bien que le visage de Pierre est déjà bien marqué.

Mais pour l'instant, profitons de la descente...

Nous sommes depuis quelques kilomètres déjà dans une partie de Suisse où l'Allemand est la langue... On se rapproche donc de la frontière petit à petit.

Nous passons les villages de Diegten, puis Tenniken, Zunzgen et Sissach... Un coup de cul se présente à nous : le  Hinteregg (Wintersingerhöchi) (CH-BL-0603).

Le Road Book indique pourtant "ascension de 3,5 km 9% / 12%" mais j'aurai l'impression d'une simple montée à 6 ou 7%... Et pourtant nous avons déjà près de 400kms dans les jambes.

Bon voilà. Maintenant si j'ai bien compris les explications du Bridou nous avons passé la partie la plus dure du Trirhena. Nous ne sommes pas encore arrivés, loin de la, mais maintenant, les pentes "seront moins abruptes".

Nous poursuivons notre route avec un profil beaucoup plus doux. Il est environ 19h00 lorsque nous passons la frontière entre la Suisse et l'Allemagne à Rheinefelden, ou nous décidons de nous arrêter manger... Pizza ou Pâtes c'est ce que nous cherchons... Nous finissons dans un "restaurant" turc qui est le seul ouvert à faire cela... Je commande pour tout le monde en Allemand (Ja ich spreche ein bissen deutsch ;-) et en 45' minutes l'affaire est bouclée. Tellement vite bouclée d'ailleurs que je pense que c'est là où je perds mon téléphone portable (mais ça je m'en apercevrai demain matin)... Du moins je le laisse à l'endroit où je me suis préparé. Il est éteint donc pas trop grave. Mais maintenant si je me retrouve seul, je n'ai plus moyen de joindre personne.

J'avais prévu d'arriver vers minuit au contrôle CCK de Munstertal mais je sais déjà qu'on va être bien à la bourre... Même par rapport aux "heures de fermeture théoriques" du contrôle.

Cette partie là reste un peu confuse dans mon esprit... Quelques bosses, nous nous arrêtons plusieurs fois : une fois pour nous couvrir, puis quelques kilomètres après pour nous découvrir tellement il fait chaud... Ensuite, nous traversons une zone qui vient d'être sacrément trempée par la pluie. Effectivement les copains passés quelques minutes avant nous nous le confirmerons après l'arrivée...

Après Steinen, nous passons le  Scheideck (DE-BW-0541) dont la difficulté ne doit pas être très importante puisque je ne m'en souviens pas et que nous arrivons à rouler toujours à 3... pour nous présenter au pied du Kreutzweg / Sirnitzsattel (DE-BW-1071a). A compter de Schweighof, nous avons une dizaine de kilomètres de montée très régulière (5 à 6%). 

Dès le pied, Pierre donne des signes de faiblesses et Valex décide de l'accompagner. De mon côté, je pète la forme. Pas envie de dormir alors que nous sommes partis maintenant depuis 31h. Devant je vois des lumières rouges apparaitre. Surtout ne pas s'exciter pour revenir sur lui... Les lumières restent à distance... puis s'arrêtent :D... Désolé pour cette réaction bête mais je crie de joie intérieurement... J'en reprends un... Je salue le cyclo que je crois reconnaitre, à savoir Michel ROUSSET avec qui j'ai roulé dans le Chasseral, sans m'arrêter. Régulièrement je vais regarder dans mon rétro pour voir "s'il ne revient pas"... Je suis dans un état de surexcitation très probablement lié à la fatigue et au manque de sommeil. Enfin la fatigue... Quand je vois comment les jambes tournent je n'en reviens pas moi même... Allez plus que 5, 4, 3, 2 et 1 kilomètres... Le sommet est atteint. Il souffle un vent frais au sommet donc je décide de ne pas attendre Valex et Pierre à qui j'estime avoir pris 20' dans la montée... Je desecends donc plein phares vers le contrôle. Une descente compliquée et dangereuse. Après 3 kilomètres de descentes, je vois Guillaume Siuda sur le côté. Un "ça va ?" lancé et passant et il me réponds "Je suis crevé"... Je me dis qu'il est fatigué ce qui est normal à cet instant... Je saurai le lendemain que SON PNEU était dégonflé... et qu'il avait crevé 3 fois en très peu de kilomètres ... Il arrivera malgré tout pas longtemps après moi au contrôle...

1h30 : c'est mon heure d'arrivée au contrôle de Munstertal dans le froid de la nuit...

Nous sommes accueillis comme des rois malgré l'heure avec des bénévoles qui sont aux petits soins pour nous... Franchement, vous qui lisez cela, qui n'avez pas participé, vous ne pouvez même pas imaginer leur niveau d'implication et du dévouement. Franchement c'était partout la même chose quelque soit l'heure du jour et de la nuit.

Au contrôle je retrouve Florian qui me dit qu'il jette l'éponge (et Merde !) car rouler sur le 30 ne lui parait plus possible alors qu'il reste 540 kilomètres à parcourir.

Moi qui n'avais pas envie de dormir, avale une soupe et demande si je peux dormir. Les bénévoles me donnent une chaise... Il doit être 1h40... Je demande à Florian qui reste éveillé de prévenir Valex et Pierre quand ils arrivent qu'on reparte vers 5h tout à l'heure... Tellement fatigué que je ne les entendrai pas arriver.

Photo prise par les bénévoles pendant la nuit... Valex fait dodo par terre, cricri sur la chaise.

Bilan de ces 32h30... Tout va bien, on a passé le plus dur... YPLUKA rentrer à KINGERSHEIM... :D

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bruno 16/08/2014 16:11

Ca a l'air pentu cette montagne à vaches.

Cricri le cyclo 16/08/2014 17:09

pas si pentu mais ça fait mal aux papattes :D

Jean-Pierre 14/08/2014 16:05

Et le téléphone portable qu'est-ce qu'il est devenu?
Je comprends maintenant pourquoi tu n'as pas répondu à mes MMS
Encore bravo pour ta gestion de l'effort mais ce n'est pas surprenant pour un PRO de la longue distance
Et quelle collection de cols :-)

Cricri le cyclo 14/08/2014 16:08

le téléphone portable a disparu corps et âme... Donc effectivement aucune réponse. Pour la gestion de l'effort, je fais au feeling avec une expérience des différentes courses passées...

David 13/08/2014 19:13

100 km en 10 h... pas étonnant qu'il y ait eu beaucoup d'abandons sur cette portion, il y a effectivement de quoi en décourager plus d'un... Mais pas de quoi décourager un Cricri costaud, patient, serein, expérimenté, qui ne s'affole pas de faire des portions à pied, qui n'a pas sommeil mais qui se repose quand même. Impressionnant !
En suivant le direct, je me disais que vous aviez fait presque tout le parcours ensemble avec Valex, mais en fait vous avez fait de belles parties de yoyo tout le long !
PS: il y a un soucis avec l'ordre des articles, je ne sais pas dans quel ordre tu veux les publier mais celui est entre les deux autres (en page 2 actuellement) alors que chronologiquement il est après...

ZAMMIT 14/08/2014 08:31

qu'elle étape ! tu as eu raison de marcher dans les parties raides, il faut mieux s'économiser que de dépenser de l'énergie pour 2km/h...les ravitos ne suffisent pas, il faut prévoir des restos? zut pour ton portable, j'espère que tu le retrouveras...vite la suite !

Cricri le cyclo 13/08/2014 20:48

Oui cette section était compliquée et oblieait les gens comme moi (pas grimpeurs) à gérer... Le fait de pas avoir eu sommeil a été une nouveauté car sur le 600 j'avais eu envie de dormir toute la nuit...
PS : pour l'ordre des épisodes c'est ok. Merci

Brigitte 13/08/2014 11:37

Costaud cette étape que tu as magnifiquement géré ! Je n'ai jamais eu à franchir de forts pourcentages sur de longues distances ... quant aux moments d'euphories et aux petits bonheurs secrets qu'on peut éprouver de dépasser quelqu'un ... rien de plus courant ;-) ... cela nous rassure et booste le mental ...

Cricri le cyclo 13/08/2014 11:41

J'ai vraiment écouté les conseils de Pascal. Vous ferez 100 bornes en 10 heures mais ne prêtez pas attention à cela... J'ai bien fait :D

pierre_13 13/08/2014 10:56

Super récit cricri
C'est vrais que la dernière montée j étais bien entamé
Mais au réveil à 5h je n'ai pas percuté que l on avait fais le plus dur en pourcentage de pente et que les suivantes serai moins raides
Je me serai peut ré fait violence pour continuer
Dans la dernière montée je me sentais un peu boulet et vous retarder
Je ne regrette pas ma décision elle vous aura ai moins permis de finir dans les délais

Cricri le cyclo 13/08/2014 11:20

Pierre, avec le peu de kilomètres que tu avais dans les jambes, je pense que tu peux t'enorgueillir d'être allé jusque là... Parce que c'était loin d'être facile... Quant à la suite, avec des si...

G40 13/08/2014 10:55

Incroyable ce cricri. il péte la forme comme jamais, grimpe les cols devant le valex et arrive à écrire des noms de lieux imprononçable pour moi à l'orthographe compliqué !!

Cricri le cyclo 13/08/2014 11:19

Non je ne grimpe pas les cols devant Valex. Valex accompagne simplement le(s) moins rapides du groupe... Pour les noms imprononçables, j'ai fait du copier/coller :D

cestdurlevelo 13/08/2014 10:25

Attention, un Cricri en mode 'gestion/ faut pas taper d'dans', ça peut vous faire 1000 bornes et 16000m D+ !!!! Ben dis. On appelle ça un diesel en pleine forme de l'age :)
Bravo. Et merci pour ce récit, c'est vraiment très bien fait. probablement ton article que j'ai eu le plus de plaisir à lire depuis que je suis ton blog!!! Et ces couleurs vertes sur les photos.... ahhhh je kiffe la Suisse et ses environs :)

Cricri le cyclo 13/08/2014 11:18

J'ai la prétention de bien me connaitre et je préfère la gestion à me griller trop rapidement... En tout cas j'ai retrouvé ce que je croyais avoir perdu à savoir le MENTAL...
Merci de tes compliments sur le CR mais je te promets que c'était encore plus beau à lire...