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Les Tribulations de Cricri le Cyclo

Paris-Brest-Paris 2015 - Edition N°3 - De Brest à Fougères...

18 Août 2015 , Rédigé par Cricri le cyclo Publié dans #PBP2015, #Cyclotourisme, #sortielongue

La nuit à Brest se déroule magnifiquement bien. Je suis dans un vrai lit, et nous sommes deux par chambre. Un moment, je suis réveillé avec une envie d'aller aux toilettes. En en revenant une bénévole me demande si c'est qu'on a oublié de me réveiller? Je réponds à la dame que je ne sais pas quelle heure il est :-) En fait il est 5h15. Donc ils n'ont pas oublié mais je lui indique du coup que ce n'est plus la peine de venir me lever à 5h30... Je ne vais pas me recoucher. Je me sens bien mieux qu'hier soir. Je vais donc pouvoir me préparer tranquillement et repartir après le petit déjeuner.

Comme je n'ai pas mangé grand chose hier soir, je m'enfile un bon petit déjeuner. Il est 6h15 environ, lorsque je suis prêt à partir. Il y a quelques minutes, j'ai croisé Alain et Florian qui levaient eux aussi le camp.

A l'aube de cette deuxième étape, je fais le point mentalement. Physiquement çca va, pas de bobo. Un peu d'irritation aux fesses mais sans plus. Mentalement ça va très bien. D'un point de vue délai, je n'ai aucune crainte. En effet à l'heure où je repars, j'ai encore environ 7 heures d'avance sur la fermeture du contrôle. Donc même en roulant à la moyenne mini, j'ai encore une nuit de secours devant moi.

Alors que j'ai roulé seul la majorité de la journée d'hier, je sors en groupe de Brest. Enfin, nous sommes 4 ou 5. Nous remettons doucement en route. Pendant 27 kilomètres, nous ne sommes pas sur la route de l'aller et donc ne pouvons croiser personne... Le jour en profite pour se lever tranquillement.

Alors que le niveau du croisement des routes aller et retour est atteint, je commence à croiser du monde. Je ressens alors un grand coup de boost au moral car je suis très en avance sur ces concurrents. Je croiserai Bruno de l'ATSCAF qui me crie que Brigitte est juste derrière. Malheureusement, je ne l'apercevrai pas. Je saluerai aussi Séverine dont le sourire ne semble pas prêt de quitter ses lèvres. A propos de Séverine, je crois bien avoir croisé son compagnon, Didier, hier soir vers 20h30. Moi je descendais à Brest et lui était presque au Roc Trevezel.

Dans la montée du Roc Trevezel il y a quelques sections avec du brouillard mais jamais bien méchantes. Paris-Brest-Paris c'est aussi des machines particulières... Quand ce genre de vélo nous double en descente, ça va particulièrement vite.

La montée de ce côté est, je trouve, moins difficile que de l'autre. Peut être aussi parce que je suis reposé ;-) En tout cas, en 2 jours j'aurai eu la chance de passer le Roc Trevezel de jour et sous le soleil... Si si c'est possible.

Au niveau de la Feuillée, un cyclo dort par terre... Et oui on risque d'en voir pas mal comme ça maintenant.

La section entre La Feuillée et Carhaix est loin d'être agréable. Je crois que je l'écris à chaque fois ;-) De longues portions de lignes droites en faux plat, montant ou descendant, avec beaucoup de circulation. En plus, le brouillard s'est invité... Bref, je ne me sens pas super en sécurité... Quand tout à coup :-)

... l'entrée de Carhaix se présente. Ouf... 

Alors que je m'approche du contrôle, je reprends un concurrent. Tiens, il a un ruban blanc sur le casque... Tiens, je connais cette silouhette. Et oui c'est Bruno... Il ne semble pas au mieux car il a fait une toute petite nuit à Brest. La fatigue liée à son boulot semble aussi bien importante... Enfin bref, nous arrivons quand même ensemble au contrôle...

... où il y a plus de monde qu'hier. En effet, à cet instant sont au contrôles les cyclos qui vont à Brest et ceux qui en reviennent.

Bilan des courses : 703kms de fait en 40h29, et une prochaine étape qui va être dur d'un point de vue topographie... En tout cas j'ai dépassé "la mi-course" en kilomètres et pas encore en temps... C'est cool.

Ayant déjeuné à Brest, pas envie de manger ici... Donc je repars rapidement en direction de Loudéac.

 

Je suis toujours aussi seul sur la route, mais malgré les plus de 40h, cela ne me pèse pas. Je dirai presque, au contraire...

Parfois je rejoins ou suis rejoins par un concurrent et on fait quelques kilomètres ensemble... On continue à voir arriver des gens en face. Pour certains, c'est normal. En effet, les cyclos partis en 84h (plaques commençant par X, Y et Z), n'ont pris le départ qu'hier entre 5h00 et 5h30. Mais pour d'autres, je suis très très inquiet. Je me demande même comment ils peuvent être encore sur la route, l'heure de fermeture des contrôles aller étant maintenant dépassée...

D'un point de vue météo, on peut dire qu'on est gâté... Jamais je n'aurai rêvé avoir un temps pareil. Si ça continue, 2015 restera dans les annales à l'inverse de ce que vue 2007.

Je profite de ma quiétude pour admirer les constructions bretonnes... En plus ça me permet de ne pas penser aux bosses de cette étape... Parce que quand j'y pense, je me dis que c'est la troisième fois que je participe et que je ne semble pas avoir compris que ce n'est pas pour moi... Pas étonnant quand je vois les successions de bosses, que Bernard Hinault ait été un champion du coin...

Merci Messieurs Dames.

Voici grosso modo l'endroit où j'ai croisé les premiers hier.. Tiens si ça se trouve, ils ont du commencer à arriver ;-) On ne roule pas dans le même monde.

Allez, les dernières grosses bosses sont passées après Merléac... 

Loudéac est encore atteint sous le soleil... Là il faut se poser des questions... 2 jours de suite. Il faut faire gaffe à la sécheresse :-)

Pour faire plaisir à Robert.

Pas plus de monde qu'hier au contrôle.

782kms ont été parcourus en 44h57. Il me reste donc 45h pour effectuer les 448 derniers kilomètres. Sauf pépin physique ou mécanique c'est donc dans la poche :-)

Devinez qui je retrouve ? Ben Alain et Florian qui, comme moi, prennent le temps de savourer une, non deux, galettes saucisse... Oui je sais ce n'est pas diététique, mais on roule depuis deux jours alors on peut se le permettre...

Alors qu'en 2011 nous avions du nous arrêter dormir à Tinténiac (distant de 85 kilomètres), je me dis que cette fois je peux espérer dormir à Fougères, voire plus loin. Fougères serait idéal, car il me resterait 310kms à faire demain, après les 310kms d'aujourd'hui...

Mais ne grillons pas les étapes... Un kilomètre après l'autre...

Vous ne rêvez pas... Il fait bien 33°C au soleil sur les routes de Bretagne. Par contre, on ne ressent pas de chaleur écrasante. Je pense qu'à l'ombre on est entre 23 et 25°C... Mais j'aurai signé des deux mains avant le départ pour avoir cette température.

Les paysages se succèdent... D'abord des champs d'éoliennes...

... puis des forêts... Ce qui chanque aussi c'est la nature des bosses. Elles sont beaucoup plus atténuées... et font moins mal aux jambes.

Quand les gens veulent nous aider sans pouvoir être là physiquement, ils laissent gentiment une petite tablea avec des bouteilles... Très sympa.

Concentré je suis...

En cette période de vacances, c'est aussi une occupation pour les petits... Quand on peut on passe et on tape la main... Ils sont contents... et moi aussi.. Ravi même.

En 2011, Michel M. nous avait doublé en prenant un TGV allemand, c'est à dire un groupe qui roulait fort. Moi, je vais reprendre un TER Italien... Moins rapide, mais plus confortable pour mon rythme de cyclos. Et nous allons faire quelques dizaines de kilomètres ensemble en collaborant.

Mine ne rien, ça fait plaisir de voir un peu de monde.

Juste avant Bécherel. Bon sang qu'est ce que ça fait mal aux jambes, tout ça pour atteindre un sommet de bosse à 150m d'altitude :-)

Arrivée à Tinténiac sous un soleil éclatant... Et bien je continue mon petit bonhomme de chemin. J'enverrai même un SMS "Tinténiac, j'ai la niaque", ce qui augure de mon état d'esprit à cet instant là.

Au pointage à Tinténiac (km 865), j'ai la surprise et la joie de voir Yann, ainsi que Alain et Florian... La pause sera courte pour moi : juste le temps d'avaler un sandwich Rillette et un sandwich jambon beurre accompagné de Coca :-)

Je repars avant mes potes du contrôle. En 2011, cette étape avait été difficile.. Peut être parce que nous étions froid après une nuit de sommeil ???? Parce que sincèrement aucune raison de difficulté. Les bosses sont plutôt des faux plats qui s'enchainent facilement...

Tiens, l'ami Yann qui revient sur moi :-)

Puis, après Dingé, c'est au tour d'Alain et Florian de me passer...

Pour une fois, j'essaie de rester dans les roues... 

Comme hier, on profte de la longueur du jour. A regarder le compteur, le contrôle sera atteint de nuit, mais en ayant eu la nuit pendant 30' environ...

Pendant qu'elles se demandent ce que nous faisons, je constate que mes plateaux ont de plus en plus de mal à passer... De manière prudente, je décide de laisser la chaîne sur le 39... On ne sait jamais... Et on verra par la suite que j'ai eu raison. Le plus grave pour moi serait le bloquer la chaine sur le 50 car je ne saurai pas la faire rebasculer manuellement...

On a beau être proche de Fougères (contrôle), certains cyclos préfèrent (ou sont obligés) de s'arrêter dans les champs pour se reposer...

Les villages défilent rapidement ainsi que les kilomètres... Le jour s'en va progressivement. J'ai maintenant perdu Alain et Florian en m'arrêtant avant eux pour remettre le gilet de sécurité et allumer les feux arrières...

Le pointage de Fougères (Km 921) s'effectue à 21h52, soit au bout de 52h06 après le départ. J'évite de faire la même bêtise qu'hier à savoir que je ne vais pas manger... et vais directement au dortoir. J'y retrouve Benoit et ses copains belges, Benoit que nous avions croisé sur le Trirhena l'an passé. L'ambiance est bonne et on se chambre entre Belges et Français...

La chambre est obtenue rapidement, et quand je demande à prendre une douche, on m'indique qu'il faut retourner du côté du contrôle à 200m de là... Ben tant pis... Je vais dormir comme ça... Je demande donc à être réveillé à 2h00. Mon objectif secret se construit maintenant : je me dis qu'avec un départ à 3h demain j'arrive pour l'apéro demain soir. 

Mais pour l'instant DODO :-)

 

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David 31/08/2015 09:26

Les doigts dans le nez, avec un seul plateau... Tu le fais en fixie le prochain PBP ? Bravo pour cette deuxième étape bien gérée.

Cricri le cyclo 31/08/2015 09:29

Un seul plateau mais tous les pignons ainsi qu'une roue libre

La feignasse 27/08/2015 22:25

Vu les horaires on a du déjeuner l'un a côté de l'autre à Brest.
Après j'ai suivi de plus loin mais ton récit me rappelle 2011 quand cela avançait tout seul

alain kesako 24/08/2015 21:01

Tes commentaires sont plaisant. Toujours sur de belles base. Je poursuis la lecture. alain kesako

Gérard (du 95) 23/08/2015 16:08

Je me marre en lisant ta réponse à Baptiste, car en suivant vos dossards, moi je croyais que vous vous étiez concertés avec Franco^^ Comme quoi heureusement qu'il y a les CR, sinon on a une vision fausse..
d'autant plus faussée lorsque la remontée des puces est erronée, à un moment tu avais fait une étape à 109 km/h quand à Brigitte (et son groupe) ils avaient doublés tout le monde :-)
Sinon, on sent la maitrise de la chose, une grande lucidité au bout de tant d'heures, chapeau !
ça fais vraiment rêver.... qui sait si dans 4 ans ? Mais bon faudrait que je dépasse le statut d'escargot, parce qu'à l'heure actuelle votre moyenne arrêt compris est ma moyenne sans les arrêts :-(

Cricri le cyclo 23/08/2015 16:48

En ce qui concerne la moyenne, tu as pu constaté qu'elle n'est pas élevée à chaque étape. Par contre j'ai réussi à ne pas trop traîner au ravito (18h20 quand même)... Il reste environ 8h00 si on enlève les 2 nuits. 8h d'arrêt sur 1200km ce n'est finalement pas si mal

ptetortue 23/08/2015 13:10

en te lisant, je penserai presque que c'est facile ;) ...

Cricri le cyclo 23/08/2015 16:45

c'est pas facile mais c'est à la portée d'un cyclo ou d'une cyclote qui en a envie... Après, j'ai eu la chance 3 fois de finir, de n'avoir aucun pépin physique et mécanique... et ça ce n'est pas donné à tout le monde de n'avoir que de la chance... Et parfois elle tourne ^^

Rémi 23/08/2015 11:49

Bravo pour ton super PBP !!!
toujours un plaisir et très instructif de te lire.
je suis admiratif de ta capacité de concentration et de ton mental !

Cricri le cyclo 23/08/2015 16:44

merci... Je vais pouvoir lire tes articles maintenant

lariegeoise 23/08/2015 10:10

Encore une fois chapeau pour ta performance. Et quand je vois des hommes allongés dans la campagne ça me fait dire que c'est une sacrée épreuve. Mais ta narration est faite aux petits oignons et on voit que l'entraide entre cyclos est plus qu'importante dans un tel défi. Vivement la suite pour savoir comment tu as fini

Cricri le cyclo 23/08/2015 16:43

c'est une très belle épreuve qui comporte un risque. On a au final l'impression que c'est une balade... C'est en partie vrai... Mais 1200km ce n'est pas n'importe quelle balade et je confirme que ce n'est pas si facile

cestdurlevelo 23/08/2015 09:05

Tout en gestion le Cricri. Je me doute bien que ce fut difficile par moments, mais on a l'impression que tu survoles le truc, comme ça???...presque de l'extérieur tellement tu sembles gérer. Respect mosieur. Et j'imagine bien que de voir des costauds comme Yann / A&F si loin dans PBP ça doit regonfler le moral... ça m'aurait fait pareil ahah !!!

Cricri le cyclo 23/08/2015 09:13

j'avoue que ça a été un sentiment bizarre. En fait comme je ne savais pas où j'en étais j'y suis allé prudemment, donc oui en gestion... Ensuite au fur et à mesure que passent les kilomètres, c'est un sentiment d'euphorie qui arrive... Il est à craindre. Le pire que ce sentiment pouvait me faire faire était de continuer après Fougères et je pense que je l'aurai payé... Il valait mieux dormir... Et puis oui, savoir qu'on est dans les roues des copains à priori plus rapide, c'est vraiment trop cool... J'apprendrai même par la suite (le lendemain soir), que je dormai dans la chambre à côté de Franco et de Robert... et qui étaient arrivés juste une heure avant moi...