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Les Tribulations de Cricri le Cyclo

500km - l'avant dernier passage de "qualification" avant LEL 2009

3 Mai 2009 , Rédigé par Cricri Publié dans #Cyclotourisme, #sortielongue

Ce we débutent les choses sérieuses. Non pas qu'un 200, un 300 ou un 400km ne sont pas des distances respectables, mais 500km devient la distance où il n'est pas aisé de ne pas dormir.

Je me suis concocté un plan de route estimé à 29h30 sans dormir. Maintenant, avant de partir je ne sais pas ce que cela va donner, d'autant plus qu'avec Benny nous ne mettons pas toutes les chances de notre côté. En effet, Benny souhaite rouler devant. Il me l'a annoncé il y a plusieurs mois déjà et même si cela m'embête, je l'ai accepté. Il est important qu'il sache ce qu'il est capable de faire seul et surtout que nous ayons validé nos règles du jeu ensemble. Néanmoins, autant je suis un boulet de jour quand tout va bien, autant je pense être un bon point d'appui la nuit, tout comme lui le serai. En effet, la nuit est la partie la plus difficile à passer, d'autant plus que nous allons l'aborder vers le 300°km, après 17 heures d'effort. Mais on y reviendra.

Benny est arrivé à la maison Vendredi 1er mai au soir. Il va passer une bonne mais courte nuit. Le levé est prévu vers 3 heures du matin pour un départ vers 4 heures.
Nous partons vers 3h55. Nous avons convenu de rouler les premiers kilomètres ensemble car open runner m'ayant fournir un trajet par la nationale, nous allons changer un tout petit peu le parcours. D'autre part, le début est tout plat et je ne devrais pas beaucoup ralentir la troupe.

Nous partons donc de Genas en direction de Saint Bonnet de Mure, puis Saint Laurent de Mure par les Hauts de Saint Bonnet, Heyrieux, pour rejoindre la D75 qui mène à Vienne.

 Au Péage d'Otier, nous tournons en direction de Septême, puis Eyzin Pinet et Cours et Buis. C'est le lieu des premières bosses du parcours. Benny part devant sans même s'en apercevoir. De mon côté je n'essaye même pas de m'accrocher, car je ne vais surtout pas me griller dès le début du parcours. Après Cours et Buis, je prends la direction de Beaurepaire, que j'atteinds sans difficulté. Va maitenant commencer une vingtaine de kilomètres un peu chiants pour rejoindre Sablons. La route est plate et passante. Aucun intérêt, mais il faut bien rejoindre les bords du Rhône. Ma première pause est prévue à Sablons, et quand j'arrive, Benny m'a attendu avant de repartir (il a donc grosso modo 15min d'avance sur moi).













Comme on peut le voir ci-dessous, je suis pas mal chargé, ce qui m'handicape un peu plus. Mais pour moi, autonomie complète n'est pas un vain mot. Ci-dessus, le père Benny, encore tout sourire













Je profite de cette pause pour déjeuner et d'effectuer une pause technique. Du coup je repars après 25 min au lieu des 15 prévues. Peu importe, j'ai de l'avance sur mon plan de route indicatif.

C'est maintenant que les choses sérieuses vont commencer, car après avoir traversé le Rhône à Serrières, on prend à Droite puis à Gauche direction Charnas. Ce sera le début de près de 140km de grimpette. La mise en jambe s'effectue par une petite route très sympatique
mais qui grimpe aux alentours de 6%. La pente n'est pas plus dure que cela, et en plus je suis encore frais. Néanmoins, le revêtement n'est vraiment pas terrible et la route est ponctuée de menus travaux pour faire face à de multiples affaissements sur les côtés.









J'atteins rapidement le village de Charnas puis celui de Félines (doté d'une belle église ci contre). Malgré mon plan de route, je suis obligé de demander mon chemin à une autochtone, ayant la flême de sortir la carte routière de mon sac à dos. La prochaine étape est le premier col de la journée. Ce ne sera pas une première pour moi, car le col du Fayet (FR-07-0611) est déjà à mon palmares grâce à une longue sortie l'an passé de le Pilat.



Après le col du Fayet, je traverse St julien Molin Molettes pour atteindre le col du Banchet (FR-42-0673), que j'avais aussi accroché à mon palmares l'an passé. Pour l'instant, il n'y a pas encore trop de vent et le soleil brille comme le montre les photos.












A partir de maintenant et jusqu'au Béage, les routes seront inédites pour moi. C'est aussi ce que j'apprécie dans de tels parcours. Après Bourg Argental, le paysage change radicalement et on commence vraiment à avoir un aperçu du plateau avec sa végétation à base de grands sapins, qui rendent les routes très sombres en l'absence de soleil.



La route en direction de Saint Sauveur en Rue va s'élever de manière très régulière à une pentre moyenne de 3%









Le vent s'est levé depuis un moment déjà et le soleil matinal a été remplacé par de grands nuages virevoltants au dessus de nous. Nous aurons une chance : ils ne déverseront pas de pluie sur nous.






Après 4 nouveaux kilomètres plus pentus (6% de moyenne), j'arrive au Tracol à la limite de la loire et de la Haute Loire sur la D503. Ce col est nouveau pour moi : c'est le 158° col différent de ma carrière de chasseur de cols. Dans cet univers je suis un nain... mais peu importe. Mon plaisir est le même à chaque fois.

En haut d'un col, il y a un bar, mais l'heure n'est point à la pause. j'entame une de mes barres énergétiques, je bois un coup et après m'être revêtu de vêtements plus chaud, j'attaque la descente qui doit me mener à Tence. A Tence, la route que je cherche n'est pas indiquée sur les panneaux.


 Je m'arrête donc à côté du Pont enjambeant le Lignon, et constate pendant que je sors ma carte routière que certains s'adonnent à d'autre sport qui semble aussi passionnant que le vélo. Pendant une bonne minute je regarde le gars jouer de sa canne à pêche. Il n'y a pas à dire, il fait du sport aussi...


A Tence, il faut donc prendre la D103 pendant près d'un kilomètre en direction d'Yssingeaux avant de récupérer la D500 en direction de Faye sur Lignon.














Comme vous pouvez le constater sur les 2 photos suivantes, la route ne monte pas tant que cela, pourtant je semble commencer à donner des signes de faiblesses.












Le vent souffle vraiment fort, le sac à dos est lourd et il est bientôt l'heure de déjeuner. La pause est prévue au lieu dit "Les Hostes", au km 153. Néanmoins, dans ce hameau, je ne trouverai aucun endroit hospitalier ; je décide donc de continuer un peu ma route et je trouve mon bonheur 5km plus loin, dans un champs dénué de toute plantation, semence ou animaux.

Avant de m'arrêter je ne peux que constater que je suis dans le pays du Mézenc. Il y a des panneaux partout. Un suc au loin y ressemble, mais je n'en mettrais pas ma main à couper.

Allongé dans l'herbe, mon compteur indique une température de 17°C. ce n'est pas ce que je ressens avec ce vent du nord. Je regarde d'ailleurs les nuages danser leur grand balai












La pause est prévue pour une durée de 30min. Comme je suis encore bien, je ne reste pas plus longtemps. La journée est loin d'être finie... Il ne reste plus que 340km à parcourir. En reprenant la route, je commence à comprendre pourquoi il ne fait pas chaud et pourquoi les cheminées des maisons crachent encore leur fumée. Une borne kilométrique m'indique que je suis à plus de 1200m d'altitude... J'ai pourtant un compteur que m'indique l'altitude, mais j'avoue que pour le coup je n'avais pas regardé.

J'ai maintenant droit à une grande descente d'une vingtaine de kilomètre jusqu'avant Le Monastier sur Gazeille, avant que la route remonte vers le Col de Chabanis (FR-07-1239). En route je passerai à côté d'un pont où des sauts à l'élastique sont en train de se dérouler. Je ne comprendrai jamais cela : je préfère 1000 fois souffrir sur un vélo pendant des heures que d'être en hauteur au dessus du vide. La montée au col n'est pas difficile en soit (460m de dénivelé en une quinzaine de kilomètres), mais la pente est irrégulière et plus on arrive vers le sommet, plus le paysage ressemble au Ventoux. Tout est pelé, lunaire. Par contre, les sols sont gorgés d'eau à cause de la neige abondante de cet hiver.
Juste avant le col où il n'y a malheureusement pas de panneau, je passe le 200°km de la journée : il est aux environs de 15h15 et le dénivelé est d'ores et déjà important.

A trop faire confiance à mon plan de route, je vais me miner le moral. D'après OpenRunner (que je remercie pour les nombreux services GRATUITS qu'il propose), j'ai un dénivelé de 32m entre le Col de Chabanis et le Béage pour 4 km ce qui veux dire, tout plat ou presque. Sauf qu'il y a erreur et qu'avant d'arriver au Béage on plonge dans une vallée et on remonte... Et cela grimpe dur pour moi (>7%). Je mets presque tout à gauche, histoire de continuer à m'économiser. Arrivé au Béage et jusqu'à l'arrivée, je connais maintenant toutes les routes, donc le profil.
Avant de cela je profite du plateau ardéchois où la neige n'a pas totalement disparu.





Cette photo est prise a proximité du Mont Gerbier des Joncs. Comme on peut le constater, la végétation n'est pas très en avance. La photographie suivante pourrait même avoir été prise à l'automne. Elle a pourtant bien été prise le Samedi 2 mai dans l'après midi...







Les rivières, les ruisseaux de montagnes font énormément de bruit et la campagne qui en été est si calme, renvoie aujourd'hui beaucoup de bruit entre les torrents et le vent.

La photo ci-dessous illustre un célèbre carrefour de l'ardéchoise. Laurent, Dominique et bien d'autres y passeront en Juin prochain après avoir passé le village de Sagnes et Goudoulet






















Après avoir passé la ferme de Bourlatier, j'arrive à Lachamp Raphaël, situé (sur mon trajet) juste après le col du Pranlet. Même si ce col est un col officle au Chauvot, aucun panneau ne le mentionne.

Ce petit village de la haute Ardèche est très sympathique, surtout en été quand il fait beau et chaud. Néanmoins, la belle saison semble bientôt arriver, car pas mal de monde s'affaire dans les jardins. Les enfants qui jouent dehors sont habillés de parkas bien chaudes...







Dans la descente qui mène de Lachamp Raphaël à Mézilhac, le vent souffle terriblement fort et de travers. J'ai la chance de bien connaitre le coin et ses pièges. J'ai déjà pratiqué cette route en été par grand vent, on peut vite être ejecté de la route si on n'est pas vigilant.

Le 20 Juin, ce carrefour devrait être noir de monde. Pour l'instant il est désert...




Après Mézilhac, un faux plat de rien du tout m'amène rapidement au col des 4 vios. je connais bien le coin pour avoir une maison de campagne près de Privas et je viens souvent ici l'été. Je sais que maintenant j'ai 30 kilomètres de descente devant moi.

Après le col des 4 vios, on passe successivement les cols LA FAYOLLE et de SARRASSET (en descente dans ce sens). Quelques kilomètres après le col de Sarasset, je suis le parcours prévu pour l'Ardéchoise en prenant la petite route qui passe à côté de Pourchères.

J'espère que la route aura été nettoyée d'ici au mois de Juin, car je pense que les inconscients de la DDE qui ont déversé du gravier sur la route pendant 10 kilomètres ne font pas de vélo.

Heureusement que je suis prudent (c'est même normal), mais ne pas tomber dans ces conditions relève de l'exploit. C'est vraiment un scandale. Au lieu de refaire le revêtement qui doit dater de plus de 50 ans, on bouche les trous au gravier et pour faire bonne mesure on recouvre la route. Même en voiture c'est dangereux !!! Bref j'arrive malgré tout à Privas sans encombre et content de ne pas être tombé.

J'arrive à Privas avec plus de 2 heures d'avance sur mon plan de route. Arrêt au Bar (anciennement de la Croix d'Or pour boire une bonne bière) puis au restaurant la Calade. Comme il est 18h50 ils ne sont pas près à servir. Du coup, je bois un coca avec des retraités de Grenoble qui me disent "Si on était dans le sud, on dirait que vous êtes fada...".
La pizza légère (Pizza savoyarde) mettra un peu de temps à arriver, et la pause prévue pour 40 minutes n'y résistera pas. Peu importe, j'ai besoin de souffler. J'en profite, car si je ne le fais pas maintenant je vais le payer tout à l'heure entre Crest et Romans avec le MISTRAL de face...

Bref, quand je repars, je n'ai plus qu'une heure d'avance sur mon plan de route théorique. C'est le moment d'expliquer comment je le batis.

Tout d'abord, je trace le parcours, puis à l'aide d'un fichier Excel, je considère que ma moyenne roulante est de 20km/h si le dénivelé entre 2 points est inférieur à 2% de moyenne. Entre 2 et 3% la moyenne passe à 15, entre 3 et 5% la moyenne passe à 12 et au delà de 6% elle passe à 10.
C'est purement arbitraire et sorti aussi de ma connaissance de moi même. En plus je fais en sorte que sur un tel parcours j'ai une marge de sécurité. Par exemple, en me basant sur les temps d'un BRM 400 et d'un BRM 600, un brevet 500km s'il existait en tant que BRM serait limité à 33h30. Mon plan de route théorique m'indique 29h30. J'ai donc 4 heures de marges pour parer à un imprévu : un sommeil non prévu, un incident mécanique, etc... Vous verrez que j'ai quand un même un peu raison de pratiquer ainsi.

La route entre Privas et Loriol n'a rien d'intéressant. Elle est très passante et les automobilistes ne pensent qu'à tracer leur chemin. J'arrive donc vers Crest lorsque Benny m'appelle. Il est à la cafétéria Casino de Bourg de Péage, 40km devant moi. A sa voix je comprends qu'il commence à être marqué. Il me parle de ce que je ressens aussi à savoir la fatigue. Après avoir raccroché, je me remets en route. Le vent soufflant fort de face, je roule souvent avec un petit braquet pour ne pas trop souffrir sachant que dans cette grande ligne droite, souvent en faux plat montant (léger le faux plat) je ne suis pas très à l'aise. Pour compléter le tout, la bande cyclable existe à certains endroits, mais pas à d'autre et je le vois souvent au dernier moment. Je suis pourtant équipé d'une lampe avant Cateye EL-530, mais je ne suis pas aussi satisfait que d'autres utilisateurs qui en possèdent. J'en ai acheté 2 pour Paris-Brest en 2007. Une est en panne (de Led robablement) et la deuxième n'arrête pas les variations d'intensité même avec des piles neuves. Parfois j'y vois bien , parfois peu mais parfois pas du tout. Pour palier à cela, j'ai aussi une lampe frontale qui me permet de m'éclairer, de lire le plan de route et de lire les panneaux indicateurs.
J'arrive à Romans aux alentours de minuit. Il n'y a plus grand monde dehors.

Je trouve facilement la route qui mène à Hauterives. je la connais d'autant mieux que c'est la route empruntée par le BRM 300km de l'ASPTT Lyon (dans ce sens) et celle du BRM 200km de Beaurepaire (dans le sens inverse). Dans les bosses entre Romans et Hauterives, je zigzague de plus en plus sur la route. Même s'il y a peu de circulation, je suis dangereux pour moi, mais pour les autres aussi. Aussi, arrivé à Hauterives vers 1h30 du matin je décide de faire ce que je n'ai jamais fait : poser le vélo et dormir à même le sol en soubassement de la rue. Une chose est sûre, quand on est exténué, on dort n'importe où . J'ai avec moi la couverture de survie achetée il y a 2 ans pour PBP. Elle va servir pour la première fois et une chose est sûre : elle est très efficace!!! Je m'endors comme une masse. Avec le recul et si cela vous arrive, il serait peut être judicieux de poser un écriteau sur le vélo pour dire que tout va bien. En effet, quelle aurait éété la réaction de passants s'ils m'avaient vu là ??? En tout cas, seul le téléphone qui vibre à 3h15 me réveille. C'est Benny, il est perdu quelque pars après Roybon. Il n'a pas l'air au mieux. Après avoir essayer de le renseigné (mal en plus), je décide de me rendormir jusqu'à 4 heures. Après je sais que je n'aurai plus qu'une heure de rab sur l'horaire maxi du 500km.
L'horloge humaine étant bien faite, je me réveille tout seul à 4H01, range mes affaires. A 4h15 je suis sur le vélo. Je constate tout de suite que rien ne va bien. L'eau s'épuise dans mes bidons. Certes j'ai quelques réserves dans le sac à dos, mais cela ne durera pas. En plus, même sur le plat, en direction de Roybon je sens que je n'avance pas et en plus je me sens fatigué.
Pour la première fois depuis que je fais des longues distances, je songe à l'abandon. Comme Chrystel me l'a raconté lors de PBP, il ne faut jamais abandonner là où on a décidé de le faire. Tenter de reporter la chose à plus tard. Je le fais pour 2 bonnes (ou 2 mauvaises) raison : il est tôt. Ma femme viendra me chercher s'il je lui demande, mais la réveiller à 5 heures du matin pour faire 100 bornes, ne la ravira sans doute pas. En plus j'aurai des scrupules à lui faire cela, elle qui supporte malgré tout la charge que constitue l'entrainement. La seconde raison est que je n'ai jamais abandonné et que je ne vois pas pourquoi cela commencerai aujourd'hui. Donc tous les 5 kilomètres je me dis que la prochaine fois est la bonne. La nuit froide, la brume, la solitude et la lassitude ont sans doute contribué très fortement à ce sentiment.
A Roybon, impossible de trouver de l'eau. Il fait encore nuit noire. Je sais que maintenant cela va grimper quelques kilomètres. J'avale l'avant dernière bouteille de Powerade que j'ai dans le sac à dos. Il ne m'en reste plus qu'une et un Coca. Au croisement de la route qui mène à Saint Vérand, le jour s'est levé.
Ce n'est quà Varacieux, à 7h00 du matin que je trouverai enfin de quoi remplir mes bidons. Le café étant fermé à cette heure matinale de dimanche, la superette qui vient d'ouvrir me permet de grignotter le paquet de gaufrettes que je viens d'acheter. Je suis prêt à attaquer les 2 modestes cols du Cognet et de la Croix de Toutes Aures.


Avant cela, je traverse le petit village de Chasselay. J'aurai du arriver directement ici en 12kms depuis Roybon par la D71 et la D155. Seulement mon plan de route n'étais pas assez précis et j'étais surtout dans le coltar...









Ce n'est pas très grave, car c'est avec une certaine fierté que j'atteins l'avant dernier col de la journée. Ce n'est pas le plus haut col et c'est loin d'être le plus dur. Mais je n'ai pas abandonné. J'ai grimpé presque tout à gauche. Il ne reste plus que 90 kms... Une bonne partie est en descente.

Je passe St Michel de St Geoir, puis St Etienne de St Geoir où je me trompe. Un peu découragé, je décide de changer une partie de la fin de parcours pour rentrer par une route que je connais à savoir par La Côte St André. Je peux me permettre ce luxe : je suis l'organisateur et la distance n'est en rien modifé.

A La Côte St André,  je déguste 2 très bons pains au chocolat : le moral revient : il fait beau, et je me rapproche de l'arrivée. Le sentiment de volonté d'abandon a presque disparu.

Une toute petite dernière difficulté avec le Col du Grand Devet et l'arrivée n'est plus qu'à une cinquantaine de kilomètres. Après St Jean de Bournay, j'appelle ma femme pour indiquer ma position. Nous convenons toujours de cela. Si un jour il m'arrive un pépin elle pourra toujours fournir aux secours ma dernière position connue... J'apprends que Benny vient d'arriver à la maison. Il est exténué. Je suis rassuré et HEUREUX pour lui. Il l'a fait!!! Cette dernière nouvelle a d'ailleurs le don de me ragaillardir.

Quelques kilomètres après mon coup de fil, un coursier arrive derrière moi et me demande si cela va ? En effet, il me mets en garde contre mes zig zag dont je ne me rends même plus compte sur la route. Je lui explique la situation. La discussion permets de me reconcentrer. Outre la fatigue, la deuxième explication réside dans le fait que la partie de mon anatomie sur laquelle je suis assis depuis près de 30 heures est très irritée et je ne sais plus comment me mettre sur le vélo...

Je passe la fin du parcours sans grand intérêt. Arrivé à Genas, mon compteur n'indiquant que 498 km, je fais le nécessaire pour pouvoir dépasser la barre des 500km. Finalement ce sera 502km.

J'arrive très fatigué, mais TRES TRES TRES HEUREUX. J'en chialle même : je réalise que je suis passé prêt de l'abandon. Après reflexion, je me dis qu'il y a quand même des choses beaucoup plus importantes et plus graves dans la vie que réussir ou rater un 500km. L'amour de ma femme et de mes enfants par exemple. n'empêche c'est aussi grâce à eux que j'ai réussi.

Pour finir, ce très très long compte-rendu, je pense avoir fait un grand pas aujourd'hui sur le long chemin qui mène à LEL. Pas vraiment physiquement mais aussi mentalement. Je me suis prouvé à moi même qu'en ne recherchant que le plaisir, en ne cherchant qu'à aller au bout (la stratégie de l'arrêt dodo n'était absolument pas planifiée, mais au final essentielle dans la réussite) j'ai pu le faire. Je suis aussi heureux parce que Benny a aussi réussi, même si à titre personnel je pense que l'on sera toujours plus fort à 2. Il n'empêche, que la réussite c'est aussi le respecter en ayant accepté dès le début qu'il parte devant. Cette expérience lui permettra peut être de faire le 700 avec moi, qui sait ?

Voilà une petite semaine de repos est prévue au boulot cette semaine. La prochaine grosse échéance sera le 700 km, dont je sais que je vais revoir le trajet pour le mettre en "conformité" en terme de dénivelé avec celui des BRM..

A bientôt

Cricri


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Ard_ 14/05/2009 21:11

Ben voilà Cricri !!!
J'ai enfin pris le temps de lire ton récit. C'est tout à fait remarquable ce que toi et Benny avez réalisés.
Pour avoir souffert moi même dans des conditions dantesques je ne peux que te féliciter pour être allé au bout. C'est important de souffrir car nous sommes loin de nous imaginer les réserves autant physiques que mentales qui sont enfouies au plus profond de nous.
Continue comme cela, tu ne risques presque plus rien !!!!!
Guy

bruno 07/05/2009 17:59

J'ai mis un peu de temps à trouver 1/4 d'h pour lire ton CR et je regrette pas.
Ca fait peur et malgré cela c'est presque tentant. Sinon ça fait tout bizarre de voir les routes de l'ardéchoise avec si peu de monde.
Un grand bravo à vous deux et on a l'air malin maintenant nous qui avons rabotté quelques difficultés de la Valex ce week end:)

Cricri 09/05/2009 07:56


Si c'est tentant, n'hésite pas à venir avec nous. Plus on est de fous, plus on rit..

Les routes de l'ardéchoise vides, je te l'accorde c'est moins terrible. Et quand il fait frais, encore moins...

Quant aux difficultés de la Valex, il est clair qu'elles étaient importantes et que le niveau du groupe était, comme tous les ans, très disparates et que ce n'est pas simple. L'essentiel étant
d'avoir pris du plaisir, j'ai cru comprendre que le we était réussi


Jean Philippe 06/05/2009 21:21

Heureusement que tu as réussi..parceque sinon après faut gérer les humeurs au bureau...:-)
Ceci dit...un grand chapeau et un grand respect à Monsieur Cricri...

Cricri 06/05/2009 21:33


le WE aurait pu être pourri : l'OL aurait pu perdre et j'aurai pu abandonner. Tout le contraire s'est passé enfin
presque...


benny 39 05/05/2009 20:59

salut tout le monde,
il est vrai que je suis novice en tres longue distance et je voulais voir d'etre seul et autonome durant 500kms (j'ai fais 475km pour allé a paris et j'ai aimé etre seul), mais le plus dur et incontestablement la nuit, surtout quand elle arrive au 350è km. Les brevets servent à tester des tactiques pour éviter les surprises lors de LEL. Aujourd'hui je sais que:
-je resterai avec cri cri, du moins durant la totalité de la nuit.
-je mangerai plus souvent pour évité la fringale (les 4kms du gerbier de jonc à 8/10 kms/h, tout a gauche alors qu'il n'est pas exceptionnel)
J'ai mis 17h pour effectuer les 350 premiers kms, puis 11h30 pour les 150 derniers, pour vous dire que nous étions dans la même galère.
je vais plus vite en roulant que cri cri, mais j'ai fais un nombre impressionnant de pauses, presque 20' par heure.
Je n'ai jamais penser à arrété le 500 car je savais que cricri étais derriere moi et je m'attendais à chaque instant à le voir arrivé mais ça n'est pas arrivé. Par contre j'ai pensé tres fort à renoncé à LEL.
Mais en arrivant et en voyant cri cri, j'ai vu qu'il étais humain, et que j'ai passé de meilleurs moments que lui, donc non, c'étais vraiment le parcours qui étais sur-évalué.
De mon côté j'ai dormi 30' dans un fossé sur le bord d'une route (pas mieux!).
A la prochaine pour le 700kms!!

Cricri 05/05/2009 21:48


Et oui, Benny me prends du temps dans les premiers 200 ou 250km, après l'écart est nivelé par la fatigue. Nous avions décidé ENSEMBLE ce que nous allions faire. Nous l'avons fait et c'est bien.
Cela permet de savoir ce que nous allons faire sur le 700 et LEL.

En tout cas pour ceux qui voulaient savoir comment Benny est arrivé : une seule réponse HS, mais HS de chez HS. Je me suis même amusé à le réveiller pour déjeuner en le traitant de
faignasse


Fantomette 05/05/2009 20:31

Epoustouflant ton récit Cri-cri ! Je suis restée "scotchée" à l'écran du début à la fin. C'est admirable d'avoir parcouru une telle distance, seul et d'une seule traite. Donc, ceci prouve que : 1) tu as une force de caractère assez exceptionnelle pour avoir tenu le coup jusqu'au bout; 2) tu es en très bonne forme physique; 3) tu es capable de réguler ton effort sur 500 km de manière efficace. C'est parfait !

Cricri 05/05/2009 21:46


nen jette pas trop, je vais rougir. MAIS MERCI QUAND MEME


Laurent 05/05/2009 19:29

Bravo ! Tout simplement, bravo !
Tu es vraiment très fort mentalement pour arriver à rester sur le vélo avec cette fatigue. Dire que je jette l'éponge quand il tombe trois gouttes...
La tendinite de Benny à l'air d'aller mieux, dans quel état a-t-il fini ce périple ?

Cricri 05/05/2009 21:37


Laurent, n'oublie pas une chose. Il n'y avait pas 3 gouttes et ça allait rouler très vite. Donc énormément de risque. On a aussi femme et enfants. Alors les risques, il faut les mesurer ce que tu
as très bien fait


Olivier Cyclosport 05/05/2009 16:54

Salut Cri cri,

c'est la première fois que je fais un 500km... Virtuel. J'ai reconnu quelques une de mes routes d'entrainement.
Au fait, combien pèse ton sac à dos au départ ?

A+
Olivier

Cricri 05/05/2009 21:33


Merci Olivier. Mon sac à dos au départ, il fait 8 kilos dont 3 bouteilles de 0,5l de Powerade, une canette de coca de 33cl, et une flute (400g) coupée en 4 sandwichs, soit plus de 2 kilos de
nouriture. Je te passe le nombre de barres énergétiques et de gels. Du coup, à la fin, le sac était plus léger


Brigitte 05/05/2009 09:10

Bravo, passionnant récit, très émouvant !

Cricri 05/05/2009 21:31


Merci Brigitte. J'ai vraiment essayer de transcrire ce que j'ai ressenti, alors tu vois. J'ai même regretté passé un moment de ne pas avoir tes coordonnées, car je pense que ne dois pas habiter
loin du parcours... Je me suis dis qu'en cas de coup dur... Mais ce fut un bien de ne pas les avoir. Cela aurait trop facile de s'arrêter...


Cigogne 05/05/2009 08:40

Génial le compte-rendu. J'ai presque l'impression d'avoir fait la sortie avec toi. Pourtant je suis très très loin de pouvoir couvrir de semblables distances en une fois. Bel exploit.

Cricri 05/05/2009 21:30


Je suis heureux de faire partager ma passion. Et je pense que tu te trompes quand tu dis que ne peux pas couvrir de semblables distances... Enfin bon, je me souviens que je disais comme toi avant
de commencer, en 2003...


Helliot 05/05/2009 06:56

Salut cricri, moi j'aurai trop mal aux fesses, 300km c'est un maxi pour moi, mais avec plus de dénivelée (Luchon Bayonne). Bravo , c'est quand le 700 ?
JB-RCTL Jaky

Cricri 05/05/2009 07:14


Merci Jacky.

Pour le 700, il ets prévu le WE de la pentecôte.

Concernant le mal aux fesses, je l'ai eu...

PS : je suis très heureux de t'avoir croisé lors de la Valex. Je pense que cela a fait plaisir à toute la petite bande du forum. On se reverra probablement à l'ardéchoise